Créer un potager exotique

Créer un potager exotique peut paraître assez improbable dans nos régions du nord soumises à des hivers parfois assez froids, mais certains légumes qu’on trouve sous des climats plus cléments acceptent quand même d’y pousser, ce qui augmentent la palette des légumes cultivables.

L’emplacement

Prévoyez une zone protégée des vents du nord (cf voir l’article sur les microclimats), afin que le sol se réchauffe vite au printemps. Les légumes dont nous allons parler ici ont une période de végétation un peu plus longue que les légumes classiques, il faut donc qu’ils démarrent vite ! Réservez leur une zone protégée du potager (ou d’un massif), bien chaude et bien riche. Pour cela, ne lésinez pas sur l’apport de compost avant la plantation. Si votre terre est lourde, pensez à l’ameublir avec du sable : en sol léger, les tubercules seront plus à l’aise pour grossir et prendre du volume. Sinon, la butte sandwich ou la butte permacole sont très appropriées pour ce genre de culture.

Pour résumer, le sol doit être souple, se réchauffer vite (ce qui est le cas des sols souples), être bien riches et garder l’humidité (ce qui est le cas des sols bien nourris et des buttes).

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Ignames

Les légumes

Quels légumes exotiques va-ton pouvoir cultiver pour créer un potager exotique ? Et bien des ignames, des chayottes, des taros, des patates douces, des cannas comestibles, des ocas, de la baselle, des capucines tubéreuses, du yacon….

L’igname (Dioscorea batatas) : l’igname de Chine est un gros tubercule….parfaitement rustique ! Et oui, cette plante dont la partie aérienne est celle d’une plante grimpante (très jolie d’ailleurs) fournit de gros tubercules qu’on peut laisser en terre d’une année sur l’autre : c’est d’ailleurs ce qu’on fait si on veut récolter de très gros tubercules, de plusieurs kilos…mais dans ce cas, il va falloir creuser de véritables tranchées pour le récolter ! Vous pouvez aussi la laisser courir sur le sol, en un épais tapis. Faites germer en février / mars pour repiquer en mai.

La chayotte (Sechium edule): encore appelée chouchou ou christophine dans les îles, cette plante de la famille des courges est très facile à faire pousser. Vous acheter un fruit en supermarché (on la trouve très, très facilement), vous le faite germer et vous le mettez en terre en mai, après les gelées. Les fruits se forment en août ; faites germer au chaud, en février / mars, sinon, vous risquez de ne pas récolter de fruits. On dit la souche assez rustique, pouvant vivre plusieurs années si on la paille en hiver. Ici, je n’ai pour l’instant pas réussi à la maintenir, je la replante tous les ans….

Le taro (Colocasia esculenta): voilà une plante emblématique des tropiques qui pourtant pousse assez bien dans nos jardins, dès lors qu’elle bien arrosée. Vous pouvez acheter dans les épiceries exotiques ou dans le magasin Grand Frais, des tubercules, vendus sous le nom de eddos. Ils ont la taille d’une pomme de terre moyenne. Vous les faites germer pour les mettre en terre en mai. Après une saison de culture au potager, il pèseront plusieurs kilos. Récolte avant les gelées ! Vous pouvez aussi opter pour la variété très rustique, le taro “pink china”, auquel j’ai consacré un article, ici.

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Chayottes et patates douces

La patate douce (Ipomea batatas) :  l’erreur à ne pas commettre : la cultiver comme la pomme de terre ! Si vous la mettez en terre en mars / avril comme on le fait pour les pommes de terre, le sol est encore froid. Soit elle va pourrir, soit elle va mettre très longtemps à sortir de terre, en juillet ou août ! La plante n’aura pas le temps de se développer avant l’automne,  si vous mettez en terre un tubercule, vous allez récolter….un tubercule. Faites les germer de février à avril, de manière à la planter en terre réchauffée, en mai. Autre solution, acheter en jardinerie des plantes vendues sous le nom d’ipomées, pour leur feuillage rampant décoratif, jaune ou pourpre. Ce sont des variétés de patates douces, qui vont donner aussi des tubercules comestibles. Comme on ne le sait pas, on les laisse généralement en terre où elles gèlent irrémédiablement, dommage….Pensez à bien les arroser pour que les tubercules se développent et grossissent.

Le canna comestible (Canna edulis) : une plante phare du Jardin d’épices. Cultivé comme ornemental, je le cultive aussi au potager. J’y ai consacré un article : voir ici.

Toutes ces plantes fortement graphiques, contribueront à donner à votre potager une allure très exotique. Vous pouvez ajouter une petite touche sud américaine en installant des yacons, des ocas, des ullocos et des capucines tubéreuses (voir article) : toutes ces plantes vous fourniront de délicieux et très originaux tubercules colorés (pour les ocas, ullocos et capucines tubéreuses). Pour le yacon, au feuillage imposant et aux tubercules qui ressemble à ceux des dahlias, voir l’article qui lui est consacré ici.

La baselle, (Basella alba ou rubra)originaire d’Asie,  encore appelée épinard de Malabar, est une grimpante qui vous pourvoira en feuillage à cuisiner comme les épinards tout l’été. Elle est très facile à cultiver : germination au chaud et plantation en pleine terre, en mai.

L’organisation du potager

Si canna, chayotte et igname apprécieront le plein soleil, taro et patates douces pousseront mieux à mi-ombre ; au soleil, vous devrez beaucoup les arroser. Plantez donc vos cannas et installez vos treillages pour les ignames et chayottes de manière à ce que ça fasse de l’ombre aux patates douces et aux taros aux heures les plus chaudes de la journée. Si l’ombre totale n’est pas appropriée, vos plantes auront le soleil le matin, et l’ombre à partir de l’après midi, elles n’en pousseront que mieux. Pensez aussi aux paillages, indispensables pour leur garder l’humidité dont elles ont besoin.

Voilà, il n’y a plus qu’à acclimater ces légumes qui ne vous demanderont pas plus de soins que les tomates, les aubergines et les poivrons et qui donneront à votre potager un petit air de jardin créole.

4 Comments

  1. Bonjour,

    J.aurais besoin de vos conseils, vous m’avez donné envie de cultiver du curcuma et gingembre, je me suis procurée les tubercules , je pensais les mettre dans du terreau à l’intérieur pour les faire germer. Faut il les recouvrir de terreau? Et les arroser.
    Avec mes remerciements
    Bien cordialement
    M lahet

    1. Bonjour,
      effectivement, mettez vos rhizomes dans du terreau, sans trop les enfoncer, juste sous la surface, placez près d’une source de lumière et de chaleur. Arrosez très modérément, (risque de pourriture)le temps que les tiges sortent. Le curcuma peut être long à sortir. Vous pourrez planter en pleine terre après la mi-mai, en terre bien réchauffée…Dès que les tiges sortent, vous pouvez augmenter les arrosages…Je vous souhaite une bonne expérimentation ! A savoir quand même : les rhizomes des supermarchés sont souvent passés à l’acide pour griller les bourgeons et éviter la germination ; si rien ne se passe, achetez des rhizomes en magasin bio. En bio, ce traitement barbare leur étant évité, ils germent plus facilement!! je vous souhaite une très bonne expérience et plein de curcuma et de gingembre dans le jardin.
      Bien cordialement
      Laurent

  2. Bonjour
    Un petit retour d’expérience qui pourra en intéresser certains. Dans mon jardin en sud Gironde (je sais, c’est plus au sud que l’Ile-de-France, mais ce n’est pas non plus la Provence), les chayottes passent très bien l’hiver en pleine terre. Bien sûr, les parties aériennes gèlent intégralement, mais la plante repart de la souche en milieu/fin de printemps. Certes un peu plus tard que lorsqu’on les fait germer dans un pot à l’abri, mais avec des tiges bien plus vigoureuses. Les chayottes ayant passé l’hiver en pleine terre rattrapent bien vite leur retard, puis dépassent largement celles issues des pots. La production est aussi bien plus importante. J’ai récolté plus de 150 kg de chayottes sur 3 pieds l’an dernier. Si vous avez encore de l’espoir, ça vaut le coup d’essayer de leur faire passer l’hiver en pleine terre.
    Pour l’hivernage, je confirme qu’il faut une terre légère et drainante, chez moi c’est du sable. Je couvre la souche d’une bonne couche de feuilles mortes et BRF.
    Amicalement,
    Gaël

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